En feuilletant la magazine "Première" du mois de juin, je me suis posée une question existentielle : pourquoi le succés d'une œuvre tient-il aussi de son nombre d'astérisques miroitantes? Le célèbre magazine des professionnels du cinéma grouille d'étoiles : de beaucoup d'étoiles si le (la) critique a apprécié le film, de peu, pas d'étoiles, voire d'un zéro si il (elle) n'a pas trouvé le film du tout (mais alors là du tout) à son gout.
Source: abonnement-libre.com
Depuis quelques temps, on assiste sur la Toile à une avalanche de sites sur le cinéma et les DVD. Le but est de faire parler des œuvres, ce qui arrange bien leurs auteurs qui jouissent désormais d'une publicité supplémentaire depuis l'explosion d'Internet. Le revers de la médaille? Dans cette surabondance de l'information, chacun y va de son commentaire impulsif, présomptueux et parfois même acerbe.
Or, la critique reste un jugement esthétique, le Robert (2009), la définit comme "l'art de juger les ouvrages de l'esprit, les œuvres littéraires artistiques". En d'autres termes, la critique est la plus subjective des appréciations objectives : le fait de ne pas apprécier certains aspects d'un film ne signifie pas qu'il faille faire fi de ses qualités, beaucoup ont tendance à l'oublier. Néanmoins, nulle n'est mon intention de faire la diatribe des critiques cinéma, ou de la critique en elle-même (qui existe depuis 19121), mais simplement de remettre les choses dans leur contexte : comme le disait Destouches dans cette expression de 1732 devenue classique : "La critique est aisée, mais l'art est difficile".
Le festival est cette année présidé par Robert DeNiro. Cannes.Fr
A cannes en 2005. Cinetelerevue.be
Le 11 mai 2011, s'est ouvert l'un des festivals les plus célèbres et les plus glamour du monde du cinéma : le festival de Cannes. Cette année encore les belges font la part belle au festival: les frères Dardenne y ont présenté "Le gamin aux vélo", d'autre part Bouli Lanners et ses "Géants", et "La fée" D'Abel et Gordon seront présenté au public lors du festival parallèle de la "Quinzaine des réalisateurs". Ce sera la cinquième participation des frères Dardenne à Cannes. Jusqu'ici leurs films ont toujours été primés : de "Rosetta" en 1999 qui reçu la Palme d'Or du festival et le prix d'interprétation féminine (qui révéla Emilie Duquenne), à une 2e Palme d'Or pour "l'Enfant" en 2005, en passant par "Le fils" qui reçu le prix de l'interprétation masculine décernée à Olivier Gourmet, l'un de leur acteur fétiche.
(Source: Le Soir/Mad)
Le gamin au vélo
Réalisé par : Luc et Jean-Pierre Dardenne
Avec : Thomas Doret, Cécile De France
Durée: 87 minutes
actustar.com
Synopsis
Cyril (Thomas Doret) est un jeune garçon en colère : en colère parce que son père l'a abandonné, en colère car il vit dans un centre de jeunes, et surtout en colère parce qu'on lui a pris son vélo. Sur son chemin, il va rencontrer Samantha, une jolie coiffeuse qui va lui retrouver son vélo et lui rendre le goût à la vie.
La critique
Les frères Dardenne ont pour habitude de faire un cinéma parfois sombre et à la limite du documentaire. Or la nouvelle histoire des Seraignois est plutôt racontée comme un conte, celui d'un enfant perdu qui tombe sur une gentille fée, qui va exaucer tout ses vœux secrets. Poésie mise à part, ce film simple met en lumière la violence juvénile, paradoxalement avec une extrême délicatesse : le jeune Thomas Doret ( nouvelle révélation des frères Dardenne) est tout simplement excellent et très juste dans le rôle de cet enfant qui a intériorisé son mal-être pour se protéger du monde extérieur. De son côté Cécile De France a beau y paraître 10 ans de plus que son âge, son personnage de coiffeuse fatiguée, rayonne de bonté à travers tout le film. Rares sont les actrices connues qui ont joué pour les Dardenne, même si Olivier Gourmet y fait une brève apparition et que Jérémy Renier y jouent le temps de quelques scènes le (froid) père démissionnaire. Le film aurait pu être réellement sombre, sans compter le doigté des frères Dardenne pour éclairer le spectateur qui comme Cyril, en ressortira apaisé.
Tema: Le cinéma flamand
Ces dernières années on assiste à l'explosion du cinéma belge francophone sur la scène internationale : de la comédie avec "Les Barons" (2009) du molembeekois Nabil Ben Yadir, en passant par de Joachim Lafosse, et le drame psychologique avec Mr Nobody (2009), "Dikkenek" d'Olivier Van Hoofstad ( joli succès en France)...tout un panel d'œuvre nationales qui ont connu un joli (ou surprenant) succès, hors des frontières du plat pays. D'autres part, la cérémonie des "Magritte du cinéma", inaugurée en février 2011, récompense pour la première fois les œuvres et le travail des professionnels du cinéma belge francophone. Et "Le gamin au vélo" des frères Dardenne, jusqu'à présent salué par la critique, va permettre encore de beaux jours au cinéma du sud du pays...
Mais qu'en est-t-il de nos voisins du nord? Crise politique et gouvernement provisoire, sur gouvernement provisoire a provoqué une espèce de "cassure" entre les deux régions, en est-il autant du point de vue artistique?
En réalité il n'existe pas réellement de cinéma belge, mais un cinéma francophone qui s'exporte et un cinéma flamand qui jusqu'ici à rarement dépassé les frontières du Nord du pays.
En effet, trés peu d'oeuvres s'exportent, même à Bruxelles ou en Wallonie.
Pourtant, les années 2000 ont été fructueuses pour le cinéma flamand, de nombreuses productions sortent chaque années et fonctionnent très bien dans leurs salles. Déjà pas mal de films ont joui d'un joli succès dans les salles obscures: "Loft1 (1million d'entrées!), De Zaak Alzheimer2...et autant d'autres thrillers “hollywoodiens”, des comédies, romantiques, de films noirs, de drames émouvants…
Les oeuvres flamandes ne se cantonnent pas au cinéma populaire, par exemple "Rundskop (Tête de bœuf)", Un premier film, signé Michaël Roskam, est un polar efficace qui surprend en revendiquant fièrement ses racines et ses dialectes.
On y parle de la mafia des hormones, avec des hommes qui franchissent les frontières linguistiques, et s'expriment dans les patois du Limbourg ou de la région liégeoise.
Or la visibilité des œuvres flamandes est on ne peut plus aléatoire: de passage en ville je regarde les films à l'affiche dans les cinémas du haut de la ville, aucune trace pourtant des gros succès de ce printemps en Flandres.Cela étant car les œuvres flamandes ne sont quasi pas distribuées à Bruxelles et en Wallonie, excepté dans les cinémas Kinepolis.
Pierre Drouot, Patron du Vlaams Audiovisueel Fonds (VAF), en charge de la politique cinématographique du nord du pays, Pierre Drouot a mis en place une redoutable stratégie qui a permis d'exposer et d'établir le cinéma flamand dans ses contrées, car contrairement aux francophones, les Flamands donnent souvent la priorité à leur cinéma :
Le Top 10 du box-office flamand
Comme on peut le voir ci-dessus de 2000 à 2010, le cinéma flamand a accumulé de nombreux succès populaires.
1. Loft (2008), de Erik Van Looy : 1,2 millions.
2. De zaak alzheimer (2003), de Erick Van Looy : 800.000.
3. La merditude des choses (2009), de Felix Van Groeningen : 450.000.
4. Dossier K (2009), de Jan Verheyen : 408.000.
5. Zot van A (2010), de Jan Verheyen : 400.000 (exploitation pas terminée)
6. Team spirit 2 (2003), de Jan Verheyen : 354.000.
7. Team spirit (2000), de Jan Verheyen : 337.000.
8. Ben X (2007), de Nic Balthazar : 315.000.
9. Pauline et Paulette (2000), de Lieven Debrauwer : 252.000
10. Windkracht 10 (2006), de Hans Herbots : 233.000. (Source: http://www.lesoir.be/culture/cinema/2011-02-02/labellise-belge-le-film-flamand-dribble-le-cinema-francophone-819283.php)
Le cinéma flamand est donc fin prêt s'affirmer sur la scène internationale, et peut-être même à dépasser leur confrères francophones...Mais avant de penser à franchir les frontières du pays il serait peut-être judicieux de mettre a profit la culture belge des deux côtés de la frontière, si nos salles accueillent autant d'œuvres venues du quatre coins du monde pourquoi garder une tant d'hésitation envers les œuvres nationales? A quand une union des genres?